Les 10 sujets phares de la fonction Achats en 2026
Pourquoi 2026 marque un tournant pour les directions Achats
Inflation persistante, tensions géopolitiques, durcissement réglementaire, explosion des exigences ESG et montée en puissance de l’IA : la fonction Achats devient un pilier stratégique de la performance globale de l’entreprise.
En 2026, la performance Achats ne se mesure plus uniquement en économies, mais aussi en résilience, maîtrise des risques, conformité et qualité des données.
1. Économies durables : tenir la trajectoire “savings” malgré l’instabilité
La réduction des coûts reste prioritaire
71 % des Directeurs Achats classent les économies comme priorité n°1 (Ardent Partners).
48 % anticipent encore une amélioration possible des économies en 2026 (Hackett).
Mais la différence se fait sur la maturité digitale :
96 % des fonctions Achats digitalisées atteignent ou dépassent leurs objectifs, contre 80 % pour les moins matures (Deloitte).
👉 Implication 2026 : l’enjeu est désormais de créer des économies durables, soit des gains qui tiennent dans le temps, même si les marchés deviennent volatils.
👉 Pour l’acheteur, cela signifie : ajuster le besoin au plus proche, concevoir produits et services dès l’amont avec un objectif de coût, raisonner en coût global (achat, usage, maintenance, fin de vie), pas seulement en prix facial.
En résumé, la performance achats 2026 repose sur la transformation structurelle des coûts, pas sur des coups de négociation.
2. Risque cyber et dépendance aux tiers : la vulnérabilité cachée
Le risque cyber des fournisseurs
65 % des grandes entreprises identifient les tiers et la supply chain comme premier risque cyber en 2026 (World Economic Forum), contre 54 % l’année précédente. Les fournisseurs IT, SaaS, industriels ou logistiques deviennent des facteurs de risque opérationnel directs.
👉 Implication 2026 : des exigences cyber renforcées contractuellement pour les fournisseurs, selon l’évaluation de la maturité de leur sécurité.
👉 Pour l’acheteur, cela signifie : montée en puissance des exigences de preuves (attestations, questionnaires, clauses, audits) et besoin de référentiel tiers fiable (qui est qui, liens capitalistiques, sous-traitants clés, criticité).
3. Continuité d’approvisionnement : un impératif durable
Assurer la continuité d’approvisionnement fournisseur
Les crises récentes ont démontré une réalité simple : la majorité des disruptions proviennent des tiers. 43% des organisations ont subi une disruption à cause de défaillance de tiers.
Les leviers les plus efficaces :
- pour 74% : la recherche de sources d’approvisionnement alternatives,
- pour 64% : la visibilité sur la chaîne d’approvisionnement (fournisseurs de rang 1, 2, 3, risques, dépendances, flux, etc.).
- Enfin, pour 61 % la collaboration et le partage d’informations avec les fournisseurs.
👉 Implication 2026 : la stratégie achats intègre désormais la continuité d’approvisionnement fournisseurs dans sa performance.
👉 Pour l’acheteur, cela signifie :
- Un pilotage risque fournisseur resserré (financier, capacité, cyber, compliance),
- L’importance de l’identification des fournisseurs critiques,
- La mise en place de la cartographie de rang 1 à 3 multi-tiers (avec “dual sourcing” sur les familles sensibles).
- La mise en place de clauses de continuité d’activité (BCP) pour garantir la continuité des activités en cas d’incident.
La performance Achats ne se joue plus seulement sur le prix, mais aussi sur la résilience, la continuité d’activité et la maîtrise des risques fournisseurs.
4. Données & IA : promesse forte, réalité fragile
La donnée juste, socle d’informations illimitées.. gare au contraire
74% des leaders achats déclarent que leurs données ne sont pas exploitables par l’IA (Gartner).
👉 Implication 2026 : en 2026, les initiatives IA plafonnent si le socle référentiel fournisseurs | articles | contrats n’est pas propre, stable et à jour.
👉 Pour l’acheteur, cela signifie, que sans données fiables :
- l’analyse de la dépense est biaisée,
- les scores de risque sont faux,
- les recommandations IA deviennent inutiles.
L’IA amplifie la qualité… ou les défauts de la donnée existante.
5. Digital achats : investir oui, créer de la valeur surtout
Le digital ne créé de valeur que si la base initiale est propre
53% des entreprises augmentent leur budget digital (Ardent Partners).
👉 Implication 2026 : Le digital sans qualité de données créé de la complexité, pas de la performance. Les organisations investissent, mais le ROI dépend de la qualité de données. Il faut impérativement standardiser, sinon les risques sont démultipliés : mauvais rapprochements, doublons, risques mal scorés, reporting ESG fragile…
👉 Pour l’acheteur cela signifie : que l’exigence autour de la data devient essentielle. Des cas d’usage à ROI court (analyse de la dépense, détection des risques, copilote contrat…) avec une mesure claire de la valeur, permettent de faire un premier état des lieux du système.
Une montée en compétence sur le sujet doit s’organiser pour maintenir la performance de la fonction achats.
6. ESG, conformité et cadre réglementaire européen en mouvement
CSRD, CSDDD, NIS2, EUDR, Scope 3 : la pression business se maintient
CSRD : la CSRD impose des rapports sur le risque, mesuré par les critères ESG et s’étend par vagues. La Commission européenne rappelle que les premières entreprises appliquent sur FY2024 (reporting 2025), puis élargissement progressif.
CSDDD (directive européenne sur le devoir de vigilance) : elle est entrée en vigueur le 25 juillet 2024. Sa transposition par les États membres est attendue d’ici au 25 juillet 2026 (guide juridique) pour une arrivée en en pratique finalement décalée au 26 juillet 2029.
Évolutions politiques : en décembre 2025 le Parlement européen a voté un paquet de simplification des obligations ESG, souvent appelé “Omnibus ESG” pour ralentir la cascade sur les PME. Ce dispositif vise à alléger certaines exigences de durabilité et les étaler dans le temps.
Ajustements Reporting CSRD :
- Les exigences de reporting sont “significativement simplifiées”.
- Les standards sectoriels deviennent volontaires.
- Surtout : on limite l’effet “trickle-down” (les grands groupes qui demandent des tonnes de données à leurs petits fournisseurs). Les entreprises de moins de 1 000 salariés n’auraient pas à fournir au-delà de ce qui est prévu par des standards volontaires.
- La Commission doit créer un portail digital avec modèles / guides.
Ajustements Devoir de vigilance (CSDDD) : recentré sur un nombre beaucoup plus réduit d’entreprises, et décalé.
- La due diligence ne viserait plus que les très grandes entreprises : > 5 000 salariés et > 1,5 Md€ de CA annuel net (et seuil comparable pour les non-UE via le CA dans l’UE).
- Application repoussée : à partir du 26 juillet 2029 pour les entreprises dans le périmètre.
👉 Implication 2026 : les Achats deviennent un pilier de la crédibilité ESG de l’entreprise.
auditabilité fournisseurs renforcée,
industrialisation de la collecte de preuves,
passage d’une logique manuelle à un processus structuré et traçable.
👉 Pour l’acheteur, cela signifie :
passer d’une collecte manuelle, ponctuelle et dispersée à un processus tracé, structuré et à jour, qui permette à l’entreprise de démontrer la conformité, la maîtrise des risques et la performance ESG de ses fournisseurs.
7. Scope 3 : l’Achat devient le collecteur de preuves
Des pratiques achats durables qui se cherchent encore
- Dans l’enquête EY, 42% des répondants placent la durabilité dans leur top 3 des préoccupations, et 75% prévoient d’adopter des pratiques d’achats durables à court terme.
Mais un décalage persiste :
73 % déclarent consacrer moins de 5 % du budget Achats à des initiatives durabilité “au-delà de la compliance”.
👉 Implication 2026 : les Achats sont au coeur du dispositif Scope 3 (bilan carbone), souvent sans bénéficier des moyens nécessaires pour agir dessus.
👉 Pour l’acheteur, cela signifie : l’importance de reportings clairs et à jour, d’outils et de données fiables, pour industrialiser la démarche.
8. Décarbonation Achats & CBAM : le carbone devient un coût
Des pratiques achats durables qui se structurent sous contrainte règlementaire
La décarbonation des achats n’est plus seulement un sujet RSE ou d’image.
Avec l’entrée en régime définitif du CBAM (Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières) à partir de 2026, le carbone devient un facteur économique mesurable, déclarable et monétisé.
Le CBAM impose désormais de :
Mettre en conformité la déclaration carbone annuelle des émissions incorporées dans certains produits importés,
Procéder à l’achat* de certificats carbone correspondant à ces émissions, selon des règles harmonisées au niveau européen.
👉 Implication 2026 : le carbone devient un coût d’achat indirect, à intégrer pleinement dans la stratégie de catégories (acier, alu, ciment, engrais, électricité, hydrogène…) :
comparaison de fournisseurs à coût carbone équivalent,
arbitrages entre sourcing UE / hors UE,
anticipation de l’impact CBAM sur les marges et la compétitivité.
La performance achats ne se limite plus au prix facial : elle inclut désormais la capacité à piloter un coût carbone réglementé.
👉 Pour l’acheteur cela implique :
Concernant la renégociation des contrats :
clarification des incoterms,
définition du partage des coûts carbone entre client et fournisseur,
clauses d’ajustement liées à l’évolution des certificats.
Et une fiabilisation renforcée des données d’émission fournisseurs :
- identification claire des fournisseurs et de leur périmètre,
- cohérence des référentiels (entités juridiques, pays d’implantation, groupes),
- collecter, contrôler et maintenir des données d’émissions dans la durée.
Sans données fournisseurs fiables et structurées, le CBAM devient un risque : risque financier, risque de non-conformité, mais aussi risque de décisions achats biaisées.
*Il n’y a pas de prix fixe – à titre d’ordre de grandeur, les quotas EU ETS se situent début fév. 2026 autour de 80–85 €/tCO₂e (selon les références de marché).
Décarboner mes achats, nettoyer ma base, utiliser l’IA : comment s’y prendre ?
9. Traçabilité matières & EUDR
Pas de données, pas d’achats possible pour l’UE
Avant d’acheter / importer / mettre sur le marché UE, l’entreprise doit être capable de prouver, données à l’appui, que :
- L’origine est connue (pays, parcelle)
- La géolocalisation est précise (coordonnées GPS des parcelles de production)
- Aucune déforestation après le 31/12/2020
- La production respecte la législation locale
- Une déclaration de diligence raisonnable est déposée
Sans ces éléments, le produit est illégal en UE.
L’UE a validé un report : conformité EUDR attendue au 30 décembre 2026 pour les grandes entreprises, puis 30 juin 2027 pour les plus petites.
👉Implication 2026 : l’EUDR transforme la traçabilité en critère bloquant, au même niveau que le prix ou la qualité. Il faut repenser le panel fournisseurs.
👉 Pour l’acheteur cela implique : pour les matières concernées (cacao, café, soja, huile de palme, boeuf, bois…) les achats doivent contractualiser la traçabilité (origine, géolocalisation, preuves), renforcer le SRM, disposer d’un sourcing alternatif pour anticiper les ruptures liées à l’absence de preuves, et renforcer la sécurisation sur le long terme.
10. NIS2 et cybersécurité : un critère fournisseur “hard”
Un risque proportionnel au cout
- Le coût moyen d’une fuite de données atteint 4,4 M$ (IBM, 2025).
- Les dépenses sécurité continuent de monter : Gartner projette 240 Md$ de dépenses mondiales en sécurité de l’information en 2026 (+12,5% vs 2025).
👉Implication 2026 : les achats doivent intégrer des exigences cyber contractuelles.
👉 Pour l’acheteur cela implique : exiger des clauses complémentaires liées à la cybersécurité, souscription d’assurances, évaluation de la sécurité des fournisseurs (notamment IT / OT / SaaS), plans de remédiation et ouverture de droits d’audit.
Priorités stratégiques des Directeurs Achats
1️⃣ Référentiel fournisseurs unique et prouvable
2️⃣ Données Risque & Compliance exploitables
3️⃣ ESG & Scope 3 : traçabilité minimale industrialisée
4️⃣ Data prête pour l’IA et l’automatisation
Talents Achats : montée en compétences accélérée
1️⃣ 23 % des emplois évolueront significativement d’ici 2030 (WEF / Gartner)
2️⃣ Nouvelles compétences : data, IA, carbone, conformité
3️⃣ Nouveaux modèles d’organisation / centres d’expertise
4️⃣ Pilotage renforcé de la relation fournisseur
En synthèse
En 2026, la performance Achats repose moins sur la négociation que sur la maîtrise des données, des risques et des preuves fournisseurs.
Sans référentiel fiable, ni l’IA, ni l’ESG, ni la résilience ne sont pilotables.